Parce que cette loi est une violence …

 

Voici le texte du tract que nous avons distribué place du 8 septembre le 17 décembre (c’était le jour international de lutte contre les violences faites aux travailleuses et travailleurs du sexe) :

Nous n’écrivons pas ce tract pour dire que «la prostitution est une violence faite aux femmes» comme on l’entend beaucoup en France ces temps-ci, nous disons plutôt que la prostitution n’est pas en soi un problème, mais que l’on peut rencontrer des problèmes de violence en l’exerçant, vue la situation actuelle.
En revanche nous affirmons que la politique actuelle en France est de favoriser et augmenter cette violence par une loi irrespectueuse, contre-productive, et dangereuse.

Des papiers seulement pour 6 mois, et seulement si on est « sages » !
La loi qui vient d’être votée promet une autorisation provisoire de séjour d’une durée de 6 mois aux personnes qui ont cessé l’activité de prostitution et sont prises en charge par une association agréée par l’État. Il s’agit donc de faire du chantage aux travailleuses et travailleurs du sexe, de les considérer comme d’éternels enfants et de les mettre sous tutelle d’associations qui seront garantes de leur moralité. On note que leur volonté, leurs intentions, leurs choix professionnels n’intéressent pas du tout les législateurs. Non, il y a un « droit chemin », et une carotte au bout du bâton. Mais attention la France est avare en carotte car un permis de travail de 6 mois est dérisoire pour s’insérer dans un contexte de crise économique.
Sinon, bien sûr on peut toujours faire dans la délation car la loi permet que si on porte plainte pour traite ou proxénétisme, on obtient un titre de séjour renouvelable jusqu’à la fin de la procédure … Mais c’est quoi au juste le proxénétisme ?

S’entraider est un délit
Cette nouvelle loi reprend une notion déjà définie dans le droit français qui est le proxénétisme : l’article 225-5 du Code pénal punit « le fait, par quiconque, de quelque manière que ce soit : d’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui ; de tirer profit de la prostitution d’autrui, d’en partager les produits ou de recevoir des subsides d’une personne se livrant habituellement à la prostitution ; d’embaucher, d’entraîner ou de détourner une personne en vue de la prostitution ou d’exercer sur elle une pression pour qu’elle se prostitue ou continue de le faire». Cet article mélange dans l’idée fourre-tout de  «proxénétisme de soutien» toute forme de relation à un(e) travailleur(euse) du sexe (par exemple lui prêter un camion, ou même lui donner des préservatifs). Elle confond cela avec le fait de l’embaucher, et surtout avec le fait de la forcer à travailler.
Pour nous, seul le proxénétisme de contrainte correspond à de l’esclavagisme et doit être combattu de l’extérieur de la profession comme de l’intérieur. Par contre pour le reste, une telle conception du proxénétisme conduit à réprimer toute association et tout soutien autour d’une travailleuse ou d’un travailleur du sexe. Cette définition du proxénétisme, qui perdure et sur laquelle s’appuie la nouvelle loi, a pour effet d’isoler les travailleuses et travailleurs du sexe ; elle les empêche de se renforcer, de se prévenir mutuellement, de se défendre, de se regrouper, et d’organiser pour celles et ceux qui le souhaitent des cadres plus sécurisés pour leur activité.

Pénaliser le client afin de « nettoyer » les rues
La France se propose maintenant de pénaliser les clients du travail du sexe. Cette loi vise en priorité celles et ceux qui travaillent dans la rue, car c’est dans la rue que les clients sont flagrants. Un grand coup de balai sur le trottoir, aux dépens de la santé publique. En effet les associations de santé communautaire étaient unanimes pour alerter le gouvernement sur le fait que chasser le travail du sexe revient à l’éloigner des services de réduction des risques, mais elles n’ont pas été écoutées.
En outre, quand le premier souci des clients sera d’échapper à la police, les travailleuses et travailleurs du sexe devront se cacher encore plus, négocier précipitamment. Une telle loi va donc les contraindre à plus de clandestinité et les exposer à davantage de pressions et de dangers.
Pénaliser leurs clients, c’est donc fragiliser les travailleuses et travailleurs du sexe, s’attaquer directement à leur santé et à leur sécurité.

Cette loi est donc une véritable violence faite aux travailleuses et travailleurs du sexe qu’elle prétend paradoxalement protéger. Elle a été votée le 4 décembre dernier à l’Assemblée. Elle doit encore être examinée par le Sénat et ne devrait pas entrer en vigueur avant l’automne prochain.
Nous demandons son abandon, ainsi que l’abrogation des autres lois qui s’attaquent à l’exercice du travail du sexe.
Nous appelons la société à se focaliser enfin sur l’urgence réelle de se battre contre les agressions et le travail forcé.

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