Suite au vote d’une résolution contre le travail du sexe à l’Assemblée Nationale

Le 6 décembre, l’Assemblée Nationale a voté une résolution qui s’oppose à la prostitution. Ce texte déclare une opposition de principe à cette activité : il dit qu’il convient de lutter contre la prostitution, mais ne modifie pas le système juridique concernant les travailleur.euse.s du sexe.

Par cette résolution, l’Assemblée Nationale « réaffirme » en premier lieu « la position abolitionniste de la France, dont l’objectif est, à terme, une société sans prostitution. »

Plus loin, elle « estime que, compte tenu de la contrainte qui est le plus souvent à l’origine de l’entrée dans la prostitution, de la violence inhérente à cette activité et des dommages physiques et psychologiques qui en résultent, la prostitution ne saurait en aucun cas être assimilée à une activité professionnelle ».

 Comme le STRASS (syndicat du travail sexuel), les associations Cabiria (Lyon), Grisélidis (Toulouse) et Les Amis du Bus des Femmes (Paris), nous nous déclarons très choqué.e.s par les positions exprimées dans cette résolution, et inquiet.e.s des réels changements juridiques qui pourraient survenir par la suite sur ces bases.

Nous déclarons en connaissance de cause – et ces messieurs-dames, qu’on appelle à juste titre dé-putés, le sauraient si le rapport Bousquet dont ils s’inspirent tenait vraiment compte de la parole des principaux intéressé.e.s et des associations de terrain – que le travail du sexe est bel et bien une profession pour nous et que, comme dans les autres, on y entre plus ou moins par choix, et plus ou moins par nécessité de gagner de l’argent.

La violence n’est pas inhérente aux échanges sexuels marchands : qui dit vente, dit négociation, laquelle permet de fixer les limites, entre adultes consentants – ce qui, d’ailleurs, est loin d’être aussi évident concernant les rapports sexuels gratuits… S’il y a un « un travail d’éducation et de responsabilisation » à faire sur « les clients et la société toute entière », c’est bien celui de lutter contre le sexisme et de réfléchir à la notion de consentement.

Mal de dos, accidents de travail, pressions morales, suicides… la souffrance au travail existe dans de nombreux métiers, mais dès lors qu’elle s’exprime chez un.e travailleur.euse du sexe, au lieu de traiter les problèmes rencontrés de manière rationnelle et pragmatique, on préfère censurer, punir et déclarer la guerre à toute la profession !

Nous ne laisserons pas dire que le travail du sexe est traumatisant en soi. On peut considérer que le sexe est sacré ou qu’il doit nécessairement être lié à l’amour, mais ces conceptions ne sont plus et ne peuvent redevenir les seules à avoir droit de cité. Nous estimons avoir la liberté de disposer de notre sexe de façon marchande, et refusons d’être considèré.e.s comme des aliéné.e.s dont la parole est invalidée.

Nous sommes nombreuses et nombreux, dans toutes les branches de notre activité, à n’avoir aucune envie de changer de boulot. Lutter contre la prostitution, c’est lutter contre les prostitué.e.s.

Nous demandons l’abrogation des lois répressives qui empêchent les travailleur.euse.s du sexe d’avoir une vie normale et de meilleures conditions de travail. Nous demandons l’abandon de cette politique abolitionniste : une éventuelle loi pour pénaliser nos clients aurait des conséquences désastreuses pour nous (clandestinité, précarité, insécurité, stigmatisation). Nous réclamons le droit d’opter pour cette profession et de pouvoir nous organiser en son sein : solidarité entre collègues, syndicalisme, coopératives, que tout cela soit enfin permis.

putains dans l’âme

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